On entend souvent : « Au lieu de dire des bêtises, tu ferais mieux de te taire ! ». C’est vrai. Mais alors à quoi sert le silence ? A la tranquillité ? A la méditation ? A garantir sa timidité ? Ou à montrer aux autres sa capacité à faire du boudin ? Un peu tout ça sans doute.
Mais, en réalité, n’est ce pas une maladresse indigente et puérile que d’utiliser le silence pour faire passer un message ? N’est ce pas plus pour paraphraser une certaine forme de mutisme ? Ou encore pour favoriser l’écoute, tout simplement ?

A en croire les réactions de certains, je dirai, en me laissant aller à la facilité, que oui. Il est vrai que le silence est un chemin qui mène souvent à la focalisation interne, à cet état de recueillement nécessaire au recul. On baisse le volume, on s’enferme dans une chambre aphone, et on réfléchit, seul, silencieusement. Mais c’est une facette trop inusitée pour en faire tout un roman (notez là mon cynisme…)
Il est vrai surtout que s’aventurer à vouloir trouver les bons mots est souvent un exercice périlleux. Fermer sa gueule est plus facile que d’oser affronter un discours bancal. Car, en fait, exprimer, c’est faire sortir quelque chose de soi qu’on n’a pas forcément envie d’exposer, avec toutes les imperfections qui accompagnent cette expulsion et les dégâts éventuels qu’elle peut engendrer. Le silence est d’or parait-il… Or, le silence, en ces termes, s’apparente à la peur.

Et puis il y a l’autre facette du silence, la plus perverse : celle du laisser aller.
Cette flemme emblématique de notre condition humaine qui consiste à ne pas donner signe de vie en se doutant que les autres penseront que l’on est toujours occupé. Personnellement, je suis un adepte de ce type de conversion. Moins je suis présent ou communiquant, plus je fais croire que je suis occupé. Et je ne suis pas le seul dans ce cas. Pourtant, croyez-le ou non, ce mensonge muet me taraude, car il me rappelle jour après jour que l’échange volontaire est une marque de respect.
Et malheureusement, ce silence là conduit parfois les gens à passer d’un dialogue quotidien enjoué à une missive de superette. Jusqu’à l’extinction des feux.…

Pire encore ! Dans une relation de couple, ce silence là est destructeur, tant il se faufile dans le discours quotidien comme du lierre sauvage. On se parle sans rien se dire. On affiche son discours en mimant les mots sans jamais les prononcer. On se tait pour nier l’évidence ou se persuader que tout ira bien. Mais souvent le loup est déjà dans la bergerie. L’agonie est proche. Et, sans la véracité de quelques mots sincères lâchés comme des bouées de sauvetage, seule la mémoire gardera sa place, posée en gerbe sous les moments anecdotiques désormais énoncées au passé.