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samedi 27 octobre 2007

Fasten Fouriousse

Tout a commencé dans la tour du 8 mai 1945. Entre les messages à caractère informatif et les vannes de haut vol, le fameux armistice trouva, en ce vendredi 12 octobre, un nouveau défi.
« Tous en piste » fanfaronnait le message de l’organisateur, cartographiant même le lieu de la confrontation annoncée. Les six équipes étaient déjà formées, avec au total pas moins d’une dizaine de Fangio prêts à en découdre.

C’est aux alentours de 20h, au cœur d’une vallée perdue au-delà de la forêt de Sénart, que les équipes se retrouvèrent. La nuit était à la fois dense et vaporeuse. Par delà les champs et la brume, la paix nébuleuse des environs semblaient presque souffrir de la luminosité éparse des projecteurs blancs qui éclairaient l’arène. Les sillons laissés par d’anciennes batailles reflétaient la lumière comme des balises de sureté. Mais ces garde-fous ne réussiraient sans doute pas à contenir les assauts successifs des plus inconscients.


Petit à petit, cette piste aux étoiles prenait l’allure des jeux du cirque. Les équipes s’activaient à leurs derniers préparatifs. Les engagés volontaires se déguisèrent en spartiates impatients d’enfiler leur casque et leurs gants de protection. Certains avaient même revêtu la tenue de combat adéquate, affublés de signes cabalistiques et autres marques iconoclastes de la violence du monde. Comme si rien ne devait être laissé au hasard.

La concentration était à son comble quand les premières échauffourées commencèrent pour départager laquelle des équipes serait la première à partir en tête. Les yeux rivés sur les écrans de contrôle, tout le monde suivait les essais chronométrés de chacun de ces co-équipiers, espérant voler une ou deux secondes à leurs adversaires. Les uns après les autres, ils se saisirent de leur monture débridée, en espérant se jouer des aléas du temps.


Après une première demi-heure de fougueuses tentatives, toutes les équipes furent placées avec minutie en rangs serrés sur la grille de départ. Comme pour éviter de passer sur le grill, certains s’attelaient à vérifier les derniers détails de la course, tandis que d’autres finissaient d’ingurgiter de grandes bouchées de pains garnis derrière la grille de sécurité, la gorge serrée et la rage au ventre.

L’équipe des « Kart Grises » fut la première en place, alignée sur le numéro 19, suivi de près par les « GLLOQ » et les « Kart d’Or » respectivement positionnés aux places 21 et 22. Les trois autres équipes (Enzo, Ratatouilles et Ratateam), dépassés par l’opiniâtreté d’adversaires plus aguerris, se retrouvèrent sur les derniers rangs de la grille de départ. Mais cette proximité était le signe avant-coureur de coude-à-coudes acharnés.


Le drapeau à damier noir et blanc s’éleva en l’air, suivi presque instantanément d'un rugissement nerveux. La tension se figeait dans les regards à mesure que le bourdonnement enflait. D’un coup sec, le drapeau s’abattit vers le sol. L’essaim décolla dans un vortex vrombissant. Le coup de tonnerre engendré fut assourdissant. C’était comme si toutes les furies d’Hadès avaient été réunies pour chanter leurs louanges à Zeus.

En un éclair, la fureur s’empara des concurrents. Tels des Pacmans affamés, chacun tentait de grappiller l’avance de son prédécesseur, se dépassant, se croisant, se chicanant dans les chicanes. Leur gloutonnerie gargantuesque avait pour seul fin de laisser derrière eux les restes ectoplasmiques de leurs rivaux.
Tour à tour, les offensives voraces se délectaient du fumet calciné des échappements et des crissements douloureux de la gomme tendre sur l’asphalte. Rien ne pouvait changer la tournure de cette farandole famélique. Une seule règle régissait désormais la course : « Œil pour œil, dent pour dent ».


Les écuries s’activaient à tenter de choisir la bonne formule pour éviter des chronos en dents de scie. Les premiers calculs apparurent sur les écrans de contrôle. Les « Kart Grises », après avoir évité un premier ravitaillement, se trouvaient seuls en 6ème position, loin devant les autres équipes qui jusqu’alors s’étaient cassé les dents à tenter de rattraper le temps perdu. Mais toutes montraient les crocs sans lâcher le mord.
Les relais se succédaient dans une course folle. De grands panneaux s’agitaient de toute part au-dessus des grillages qui longeait la grande ligne droite du départ. Le chaos s’organisait. A peine un pilote sortait de l’arène, que déjà un autre bondissait sur son bolide pour tenter de mettre une pile à ses adversaires. Mais, c’est après presque deux heures de courageux défis que les choses se corsèrent.

Il était un peu plus de 22h quand un léger filament argenté vint envahir le ciel opaque. Petit à petit, le macadam se chargea de reflets menaçants. Calés au stand, tels des francs tireurs de kermesse communale, certains restaient impassibles, muselant la peur et le froid dans le corset serré d’un café chaud. D’autres au contraire trépignaient d’impatience, bondissant et cabriolant sur place pour tenter de réchauffer l’air humide.
Malgré tout, rien n’y fit. Le combat devenait plus rude à mesure que la pluie tombait et que le temps s’écoulait. Les traits tirés, noircis par les hydrocarbures volatiles, traçaient sous les yeux rouges les lignes d’une reddition programmée.


Ce n’est qu’aux abords de minuit que l’évènement pris les allures d’un cross-country rocambolesque. Tels des carrosses de pacotille, les petits bolides vifs et agiles se transformaient les uns après les autres en majorette bedonnantes. Les démonstrations arrogantes de dérapages contrôlés firent place à un concours de glissades improvisées. Et la course de vitesse aux relents d’hormones mâles survitaminées tourna au steeple-chase version Holiday on Ice.
Les « GLLOQ » se crashèrent dans le dernier virage, au fond à droite de la piste. Les « Enzo » se cambrèrent une dernière fois sur les contreforts de sécurité. Les « Kart d’Or » déboulèrent en glissant dans les fourrés gelés. Les « Ratatouilles » et les « Ratateam » se ratatinèrent dans les champs préalablement labourés par les « Kart Grise », dont le fier destrier faisait désormais office de cheval de trait agronome.

A l’arrivée, le classement des écuries fut quasiment le même que celui de départ.
Une chose cependant avait changée. Une de ces choses qui font des champs de batailles désertés un trésor d’humanité : à travers les bulles savoureuses des coupes de champagne, on pouvait lire sur tous les visages le sourire de la réconciliation.


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dimanche 7 octobre 2007

Cuisine hasardeuse

Quand le hasard fait bien les choses...

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