La pupille se dilate. J’ai ouvert les yeux. Les volets de fer entrouverts laissent deviner un ciel terne. Je me retourne pour me blottir dans un coin chaud de la couette. Je voudrais ignorer ce matin, attendre le soleil, et m’étirer sous des halos chaleureux.
Mais voilà. Cela fait un moment que ma volonté ne dicte plus rien au hasard. Pire encore. Elle ne se suffit plus à elle-même. Comme un grimpeur qui a chuté, et qui n’a plus la force de remonter.

D’un œil hagard hérissé au dessus de la couette, je regarde les nuages vagabonds se poser sur ma fenêtre. Ils sont affublés d’un gris moche, salasse, une sorte de poussière de jour. Ces patapoufes ronflants ont l’air bedonnant des gens imbus d’eux même. Ils se croisent, s’enflent sans s’embellir. Au cumul, ces nainbus ressemblent à un amas difforme et répugnant de fumeurs de cigares.

Je tente une esquive, et me retourne à nouveau. Faites qu’ils s’en aillent ! Evacuez le ciel nom de dieu ! Comme si dieu, normalement maitre tout puissant de tout domaine atmosphérique, pouvait y faire quelque chose. Ou alors a-t-il renoncé lui aussi ? Evincé sans titre de propriété… Après tout, nous sommes tous des locataires potentiels. Tous des anges comme dit la chanson.

Ici aussi je loue. A prix fort. Au prix de l’espoir. Il n’y a pas un instant où je ne me pose pas la question : A quoi bon ? A quoi bon dépenser autant d’argent si c’est pour connaitre des réveils aussi pourris ? Pourquoi tenir la rampe pour glisser sur chaque marche ?
C’est peut être là, la vraie différence entre la volonté et l’espoir. La volonté oriente les choix de la vie. Et l’espoir fait vivre. Comme les nuages cachent le ciel bleu. Car, au final, il est toujours bleu.